Collège Européen de Naturopathie,

Sophrologie et de Nutrition

Plateforme e-learning
du bien-être holistique

Agence de prévention santé 

et de bien-être en entreprise

L’holisme : comprendre l’être humain dans sa globalité

Sommaire de l'article

Pourquoi cette vision du vivant est plus actuelle que jamais

« Le tout est plus que la somme de ses parties. »

Aristote (formulation traditionnellement attribuée à Aristote, issue de la Métaphysique)

Cette phrase, attribuée à Aristote il y a plus de deux mille ans, traverse les siècles sans perdre de son actualité. Elle exprime une intuition simple mais profonde : un être vivant ne peut être pleinement compris en étudiant séparément chacun de ses organes, de ses tissus ou de ses cellules. Les relations qui unissent ces différentes composantes produisent une organisation nouvelle, dont les propriétés dépassent celles de chacune des parties prises isolément.

Cette idée constitue le fondement de ce que l’on appelle aujourd’hui l’holisme.

Le terme est pourtant souvent mal compris. Dans le langage courant, il est parfois utilisé pour qualifier toute approche « naturelle », « alternative » ou « globale », sans que son sens réel soit clairement défini. À l’inverse, certains le perçoivent comme un concept opposé à la science moderne, voire incompatible avec la médecine fondée sur les preuves.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

Car, fait moins connu, les plus grandes institutions de recherche biomédicale s’intéressent aujourd’hui elles aussi à une vision globale de la santé. Les National Institutes of Health (NIH), principaux organismes publics de recherche médicale aux États-Unis, ont récemment lancé un vaste programme consacré au Whole Person Health (« santé de la personne dans sa globalité »), considérant que la compréhension de la santé ne peut plus se limiter à l’étude indépendante de chaque organe ou de chaque maladie.

« La santé globale consiste à comprendre comment les différents systèmes biologiques, les comportements, les facteurs sociaux et l’environnement interagissent pour influencer la santé. »

National Institutes of Health (2024)

Dans le même temps, la recherche sur les maladies chroniques, la biologie des systèmes, l’exposome, le microbiote ou encore la médecine personnalisée conduit progressivement les scientifiques à raisonner en termes de réseaux d’interactions plutôt qu’en termes de causes uniques.

Cette évolution ne signifie pas que la médecine abandonne l’analyse des mécanismes biologiques. Bien au contraire. Elle traduit une prise de conscience : la complexité du vivant impose d’articuler les connaissances acquises sur chaque partie avec une compréhension de leurs interactions.

Cette réflexion n’est pas nouvelle pour la naturopathie.

Depuis plus d’un siècle, ses fondateurs considèrent que la santé résulte d’un équilibre dynamique entre de multiples dimensions : physiologie, alimentation, activité physique, sommeil, environnement, équilibre psycho-émotionnel, rythmes de vie ou encore capacités d’autorégulation de l’organisme.

Au CENATHO, cette approche a été largement développée par Daniel Kieffer, qui rappelait régulièrement qu’un symptôme ne pouvait être interprété indépendamment de l’ensemble de la personne. Cette vision inspire encore aujourd’hui l’enseignement de l’école, notamment à travers le raisonnement naturopathique (que l’on appelle « l’intelligence naturopathique ») et le bilan de vitalité.

Mais comment cette idée est-elle née ?

Pourquoi revient-elle aujourd’hui au premier plan de la recherche scientifique ?

Et surtout, que signifie réellement être holistique ?

Pour répondre à ces questions, il faut remonter bien avant l’apparition du mot lui-même.

Une idée beaucoup plus ancienne que le mot « holisme »

L’histoire de l’holisme ne commence pas en 1926 avec Jan Smuts.

Elle plonge ses racines dans les premières grandes réflexions philosophiques sur le vivant.

Hippocrate : observer la personne avant la maladie

Dès le Ve siècle avant notre ère, Hippocrate rompt avec les explications surnaturelles de la maladie. Pour lui, comprendre un patient suppose d’observer son mode de vie, son alimentation, son environnement, les saisons, son âge, son tempérament et ses habitudes.

Cette approche ne consiste pas à nier l’existence des maladies, mais à les replacer dans le contexte plus large de la vie de l’individu.

On retrouve déjà ici une intuition fondamentale : un symptôme prend sens lorsqu’il est replacé dans un ensemble.

Cette manière de raisonner influencera durablement les médecines occidentales, y compris la naturopathie.

Aristote : le tout est plus que la somme des parties

Quelques décennies plus tard, Aristote approfondit cette réflexion.

Dans sa philosophie, un organisme vivant possède une organisation propre qui ne peut être réduite à la simple juxtaposition de ses éléments.

La célèbre formule qui lui est attribuée :

« Le tout est plus que la somme de ses parties. »

résume parfaitement cette idée.

Aujourd’hui encore, cette phrase est régulièrement citée dans les ouvrages consacrés à la théorie des systèmes, à la biologie de la complexité ou aux sciences cognitives.

Elle ne signifie pas que les parties sont sans importance.

Elle rappelle simplement que leurs interactions produisent des propriétés nouvelles, impossibles à comprendre en les étudiant séparément.

La révolution réductionniste

À partir du XVIIᵉ siècle, les sciences expérimentales connaissent un essor considérable.

Descartes, Newton puis les grands physiologistes des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles développent une méthode analytique extraordinairement efficace : pour comprendre un phénomène complexe, il faut le décomposer en éléments plus simples.

Cette démarche marque le début du réductionnisme scientifique.

Grâce à elle, la médecine accomplit des progrès spectaculaires :

  • découverte de la circulation sanguine ;
  • naissance de l’anatomie moderne ;
  • microbiologie ;
  • physiologie expérimentale ;
  • pharmacologie ;
  • chirurgie moderne ;
  • génétique.

Sans cette approche, une grande partie de la médecine contemporaine n’existerait tout simplement pas.

Il est donc essentiel de rappeler que l’holisme ne s’est jamais construit contre ces avancées.

Il cherche plutôt à répondre à une autre question :

Comment comprendre un organisme lorsque toutes ses parties interagissent en permanence ?

C’est précisément cette interrogation qui conduira, au début du XXᵉ siècle, à l’apparition du mot holisme.

Quand le mot « holisme » apparaît enfin

Si l’idée d’une compréhension globale du vivant est ancienne, le terme « holisme » n’apparaît qu’au début du XXᵉ siècle.

C’est en 1926 que le philosophe, biologiste amateur et homme d’État sud-africain Jan Christiaan Smuts publie un ouvrage devenu fondateur : Holism and Evolution.

À cette époque, la biologie connaît un essor spectaculaire. Les progrès de la génétique, de la physiologie et de la microbiologie permettent de comprendre de nombreux mécanismes du vivant. Pourtant, Smuts estime qu’une difficulté demeure : si l’on comprend de mieux en mieux les éléments qui composent un organisme, on explique encore mal pourquoi un organisme vivant est davantage qu’une simple addition de cellules, de tissus ou d’organes.

Il propose alors le concept de holisme, qu’il définit comme une tendance naturelle des systèmes vivants à former des ensembles organisés présentant des propriétés nouvelles, impossibles à déduire de l’étude de leurs seules composantes.

Autrement dit, une cellule n’est pas seulement un assemblage de molécules. Un organisme n’est pas seulement un assemblage de cellules. Et une société n’est pas seulement une juxtaposition d’individus.

À chaque niveau d’organisation émergent de nouvelles propriétés.

Aujourd’hui, cette idée est connue sous le nom de propriétés émergentes, un concept largement utilisé dans les sciences de la complexité.

Smuts ne remet pas en cause la démarche analytique des scientifiques. Il affirme simplement qu’elle doit être complétée par une compréhension des interactions entre les éléments qui composent un système.

Cette intuition, relativement marginale dans les années 1920, prendra une importance considérable quelques décennies plus tard.

Claude Bernard : un précurseur souvent oublié

Bien avant que le mot « holisme » n’existe, un physiologiste français avait déjà profondément transformé notre manière de penser le vivant.

Au XIXᵉ siècle, Claude Bernard introduit la notion de milieu intérieur.

« La fixité du milieu intérieur est la condition de la vie libre. »

Il montre que la survie d’un organisme dépend de sa capacité à maintenir un environnement interne relativement stable malgré les variations du monde extérieur. Cette idée donnera naissance, quelques décennies plus tard, au concept d’homéostasie, développé par Walter Cannon.

Pourquoi cette notion est-elle importante dans notre réflexion ?

Parce qu’elle déplace le regard.

Le rôle de l’organisme n’est plus uniquement de répondre à une agression ponctuelle. Il consiste à maintenir en permanence un équilibre dynamique entre d’innombrables paramètres : température, glycémie, pression artérielle, équilibre acido-basique, concentrations hormonales, activité immunitaire, etc.

La santé apparaît alors comme le résultat d’une régulation permanente.

Cette vision influence encore aujourd’hui de nombreux champs de recherche, depuis la physiologie intégrative jusqu’à la médecine des systèmes.

Elle fait également écho à une idée centrale de la naturopathie : la santé ne se résume pas à l’absence de maladie ; elle dépend de la capacité de l’organisme à s’adapter et à maintenir ses équilibres.

Il est important de souligner que, si cette proximité conceptuelle existe, les notions de « force vitale » utilisées en naturopathie relèvent d’un cadre théorique propre à cette discipline et ne se confondent pas avec les mécanismes physiologiques décrits par Claude Bernard ou par la recherche biomédicale contemporaine.

Faire cette distinction est essentiel pour éviter les amalgames.

La théorie des systèmes : un changement de paradigme

Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs scientifiques issus de disciplines très différentes observent un phénomène étonnant.

Qu’il s’agisse d’un organisme vivant, d’une entreprise, d’un écosystème ou même d’un ordinateur, certains principes semblent se retrouver partout :

  • les éléments interagissent ;
  • des boucles de rétroaction apparaissent ;
  • un changement local peut avoir des conséquences globales ;
  • l’organisation du système est aussi importante que chacun de ses composants.

Le biologiste autrichien Ludwig von Bertalanffy formalise ces observations dans ce qui deviendra la Théorie générale des systèmes.

Son objectif est ambitieux : proposer un langage commun permettant de comprendre tous les systèmes complexes.

Cette théorie exercera une influence majeure sur la biologie, l’écologie, la psychologie, l’économie, les sciences de gestion et, plus tard, la médecine.

Pour la première fois, les interactions deviennent un objet d’étude à part entière.

Cette évolution marque une étape décisive dans l’histoire de la pensée scientifique.

L’objectif n’est plus seulement de savoir de quoi est constitué un organisme, mais comment ses différentes composantes coopèrent pour produire un fonctionnement cohérent.

Edgar Morin et la pensée complexe

En France, cette réflexion sera largement développée par le sociologue et philosophe Edgar Morin.

Son œuvre sur la pensée complexe rappelle que les phénomènes biologiques, sociaux ou humains ne peuvent être compris uniquement en les découpant en éléments indépendants.

Selon lui, la connaissance progresse lorsqu’elle est capable de relier ce qui semblait séparé.

Cette approche n’appelle pas à abandonner les sciences spécialisées.

Elle invite plutôt à créer des ponts entre elles.

Cette idée est particulièrement actuelle.

Le fonctionnement du microbiote intestinal, par exemple, mobilise aujourd’hui des connaissances issues de la microbiologie, de l’immunologie, de la nutrition, de la neurologie, de l’endocrinologie et des sciences comportementales.

Aucune de ces disciplines ne suffit, à elle seule, à expliquer l’ensemble des interactions observées.

La complexité n’est donc pas un obstacle à la science.

Elle constitue désormais l’un de ses principaux objets d’étude.

Pourquoi le réductionnisme ne suffit plus

Reconnaître l’intérêt d’une approche holistique ne revient jamais à nier les succès du réductionnisme.

Il faut même rappeler que la médecine moderne lui doit l’essentiel de ses progrès.

Les antibiotiques, l’insuline, les vaccins, la transplantation d’organes, les traitements anticancéreux ciblés ou encore l’imagerie médicale sont le fruit d’une démarche analytique extrêmement rigoureuse.

Sans elle, l’espérance de vie n’aurait pas connu l’augmentation spectaculaire observée au cours du XXᵉ siècle.

Pourquoi, alors, parle-t-on aujourd’hui davantage d’approches globales ?

Parce que les principaux défis sanitaires ont changé.

Dans de nombreux pays, les maladies infectieuses ont progressivement laissé la première place aux maladies chroniques : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, obésité, maladies inflammatoires chroniques, certains cancers ou encore troubles neurodégénératifs.

Or ces maladies présentent une caractéristique commune : elles sont rarement liées à une cause unique.

Leur développement résulte généralement de l’interaction entre de nombreux facteurs :

  • prédispositions génétiques ;
  • alimentation ;
  • activité physique ;
  • sommeil ;
  • stress chronique ;
  • expositions environnementales ;
  • consommation de tabac ou d’alcool ;
  • niveau socio-économique ;
  • qualité des liens sociaux ;
  • vieillissement ;
  • composition du microbiote.

Aucun de ces facteurs ne suffit, à lui seul, à expliquer la maladie.

C’est leur combinaison, leur durée et leurs interactions qui modifient progressivement le fonctionnement de l’organisme.

Les chercheurs parlent aujourd’hui de maladies complexes ou multifactorielles.

Comprendre ces maladies suppose donc de dépasser une lecture exclusivement linéaire de la santé.

Cette évolution explique en grande partie l’émergence de nouveaux champs de recherche consacrés aux interactions biologiques, comportementales et environnementales.

C’est précisément ce que nous allons découvrir dans la suite de cet article.

Le regard de Daniel Kieffer

Dans plusieurs de ses ouvrages consacrés à la naturopathie et au bilan de vitalité, Daniel Kieffer, le fondateur du CENATHO, rappelait qu’un symptôme n’a de sens que replacé dans l’histoire, le terrain et les habitudes de vie de la personne. Il insistait également sur la nécessité de croiser plusieurs indices avant de formuler une hypothèse de travail, refusant les interprétations fondées sur un seul signe d’observation.

Cette approche traduit une véritable méthode de raisonnement : partir de la complexité de la personne, rechercher les interactions entre les différents facteurs de santé et construire un accompagnement individualisé.

Si le vocabulaire employé par la recherche contemporaine diffère de celui de la naturopathie, cette volonté d’appréhender l’individu dans sa globalité trouve aujourd’hui un écho dans le développement des sciences des systèmes et des approches centrées sur la personne.

À retenir

L’holisme ne s’est pas construit contre la science. Il est né de la conviction que l’étude des parties, aussi indispensable soit-elle, ne suffit pas toujours à expliquer le fonctionnement d’un organisme vivant. Cette intuition philosophique a progressivement rencontré les travaux de la physiologie, de la théorie des systèmes et des sciences de la complexité. Aujourd’hui, elle inspire de nouveaux programmes de recherche qui cherchent à comprendre la santé à travers les interactions entre les systèmes biologiques, les comportements et l’environnement.

Pourquoi la science redécouvre aujourd’hui une approche globale de la santé

Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, les progrès de la médecine ont reposé sur une logique analytique : identifier un mécanisme précis, comprendre son fonctionnement et développer un traitement ciblé.

Cette approche a profondément transformé la santé publique.

Elle a permis de maîtriser de nombreuses maladies infectieuses, de faire progresser la chirurgie, de développer les antibiotiques, les vaccins, les traitements hormonaux ou encore les thérapies ciblées contre certains cancers.

Mais à partir des années 1980, un constat s’impose progressivement.

Les principales causes de mortalité dans les pays industrialisés ne sont plus les maladies infectieuses. Ce sont désormais les maladies chroniques.

Or ces maladies ne répondent pas à une logique simple.

Le diabète de type 2, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, certaines maladies auto-immunes ou encore de nombreux cancers ne résultent généralement pas d’une cause unique.

Ils apparaissent au croisement d’une multitude de facteurs biologiques, environnementaux et comportementaux. La recherche doit donc changer de perspective.

Comprendre une maladie ne consiste plus seulement à identifier un organe ou une molécule responsable.

Il devient nécessaire de comprendre comment des dizaines, parfois des centaines de mécanismes interagissent au cours du temps.

Cette évolution marque le début d’une véritable révolution scientifique.

La biologie des systèmes : comprendre les interactions plutôt que les éléments isolés

Pendant longtemps, les biologistes ont étudié chaque organe, chaque cellule ou chaque protéine séparément.

Cette démarche reste indispensable, mais elle présente une limite. Un organisme vivant fonctionne comme un réseau extraordinairement complexe. Les cellules communiquent entre elles, les hormones influencent tous les système, le système nerveux dialogue avec le microbiote. Le foie, les muscles, le tissu adipeux et le cerveau échangent en permanence des signaux.

Autrement dit, chaque système influence les autres.

C’est précisément ce qu’étudie la biologie des systèmes.

Cette discipline, développée au début des années 2000, cherche à comprendre les propriétés émergentes des organismes vivants en analysant les interactions entre leurs différents composants plutôt qu’en étudiant chacun d’eux indépendamment.

Grâce aux progrès de l’informatique, du séquençage génétique et de la modélisation mathématique, les chercheurs peuvent aujourd’hui cartographier des réseaux biologiques d’une complexité inimaginable il y a seulement quelques décennies.

L’objectif n’est plus seulement de répondre à la question :

« Quel gène est impliqué ? »

mais également :

« Comment des milliers de gènes, de protéines, de cellules et de facteurs environnementaux interagissent-ils pour produire un état de santé ou de maladie ? »

Cette évolution ne remplace pas la biologie classique.

Elle la complète.

Comme le résument plusieurs auteurs de référence, comprendre les éléments reste indispensable, mais comprendre leurs interactions devient tout aussi essentiel.

Le concept d’exposome : la santé ne dépend pas uniquement de nos gènes

Pendant longtemps, la recherche biomédicale s’est concentrée sur le génome. L’idée semblait logique. Si les gènes influencent notre santé, il suffisait de mieux les connaître.

Les immenses progrès de la génétique ont effectivement permis des avancées considérables.

Mais une question demeurait.

Pourquoi deux individus possédant des patrimoines génétiques très proches développent-ils parfois des trajectoires de santé totalement différentes ?

Pour répondre à cette interrogation, le chercheur britannique Christopher Wild propose en 2005 le concept d’exposome.

L’exposome désigne l’ensemble des expositions auxquelles une personne est confrontée tout au long de sa vie.

Il comprend notamment :

  • l’alimentation
  • l’activité physique
  • le sommeil
  • le stress
  • la pollution atmosphérique
  • les pesticides et les perturbateurs endocriniens
  • les médicaments
  • les infections
  • les conditions de travail
  • le contexte socio-économique…

Autrement dit, notre santé résulte de l’interaction permanente entre notre patrimoine génétique et notre environnement.

Cette idée rejoint aujourd’hui l’un des grands axes de la santé publique mondiale.

Elle ne signifie évidemment pas que tous les facteurs ont le même poids, elle rappelle simplement que les maladies chroniques émergent rarement d’une seule cause.

Le microbiote : un exemple spectaculaire d’interactions biologiques

Peu de domaines illustrent aussi bien la pensée systémique que l’étude du microbiote.

Pendant longtemps, les bactéries étaient principalement étudiées comme des agents infectieux.

Aujourd’hui, nous savons que plusieurs milliers d’espèces microbiennes vivent naturellement au sein de notre organisme.

Le microbiote intestinal participe notamment :

  • à la digestion de certains nutriments,
  • à la production de métabolites,
  • au développement du système immunitaire,
  • à la protection contre certains agents pathogènes.

Les chercheurs explorent également ses interactions avec le système nerveux central, notamment à travers ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau.

Ces travaux ouvrent des perspectives passionnantes mais ils invitent également à la prudence. Si le microbiote joue un rôle important dans de nombreuses fonctions biologiques, la recherche reste en pleine évolution.

Beaucoup d’associations observées aujourd’hui ne permettent pas encore d’établir des relations de causalité et cette nuance est essentielle.

Le programme « Whole Person Health » : une évolution majeure de la recherche américaine

En 2024, les National Institutes of Health (NIH) annoncent un vaste programme consacré au Whole Person Health.

L’objectif est clair : développer une recherche capable de comprendre comment les multiples dimensions de la santé interagissent pour influencer le fonctionnement global d’une personne.

Les NIH définissent cette approche comme l’étude des interactions entre :

  • les systèmes biologiques,
  • les comportements,
  • les facteurs psychologiques,
  • l’environnement physique,
  • les déterminants sociaux de la santé.

Cette démarche ne correspond pas à une validation générale des médecines complémentaires, elle constitue avant tout une nouvelle manière d’organiser la recherche scientifique.

L’idée est de dépasser les approches trop cloisonnées pour mieux comprendre les mécanismes complexes qui sous-tendent la santé humaine.

Cette évolution fait écho à une intuition ancienne : comprendre la santé nécessite parfois d’élargir le regard. Il ne s’agit pas de remplacer les connaissances existantes mais de les compléter.

L’holisme : une invitation à élargir notre regard

L’holisme est parfois présenté comme une philosophie, parfois comme une méthode d’observation, parfois encore comme un principe fondateur de certaines approches de santé.

Au-delà des définitions, il exprime avant tout une idée simple : un être vivant ne peut pas toujours être compris en étudiant séparément chacune de ses composantes.

Cette intuition, formulée dès l’Antiquité puis développée par Jan Smuts au début du XXᵉ siècle, trouve aujourd’hui un écho dans des disciplines aussi diverses que la biologie des systèmes, la médecine des systèmes, les recherches sur le microbiote, l’exposome ou encore le programme Whole Person Health des National Institutes of Health.

Il serait pourtant réducteur d’affirmer que la science « valide » l’holisme.

Ce qu’elle montre, en revanche, c’est que la compréhension des maladies chroniques, de la prévention et du fonctionnement de l’organisme nécessite de plus en plus d’étudier les interactions entre les systèmes biologiques, les comportements, l’environnement et les déterminants sociaux de la santé.

Pour la naturopathie, cette évolution est particulièrement intéressante.

Depuis ses origines, elle invite le praticien à considérer la personne dans sa globalité : son histoire, son mode de vie, son environnement, ses capacités d’adaptation et les nombreux facteurs susceptibles d’influencer son équilibre.

Au CENATHO, cette approche est enseignée depuis plus de trente-cinq ans dans la continuité de la pensée de Daniel Kieffer. Non comme une opposition à la médecine conventionnelle, mais comme une manière d’observer la personne dans toute sa complexité afin de construire un accompagnement individualisé fondé sur l’hygiène de vie et la prévention.

L’holisme n’est donc pas une réponse à toutes les questions et n’explique pas tout. L’holisme ne remplace pas l’analyse scientifique.

Mais il rappelle une évidence que les sciences du vivant redécouvrent aujourd’hui avec une précision toujours plus grande : comprendre les parties est indispensable ; comprendre leurs interactions l’est tout autant.

Sources et références

Ouvrages fondateurs

  • Aristote. Métaphysique. Plusieurs traductions françaises disponibles (notamment Éditions Vrin et Flammarion). Référence philosophique majeure sur la notion de totalité et les propriétés des ensembles.
  • Bernard, Claude. Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Paris : J.-B. Baillière, 1865. Ouvrage fondateur introduisant la notion de « milieu intérieur », qui inspirera ensuite le concept d’homéostasie.
  • Bertalanffy, Ludwig von. General System Theory: Foundations, Development, Applications. New York : George Braziller, 1968. Texte fondateur de la théorie générale des systèmes.
  • Cannon, Walter B. The Wisdom of the Body. New York : W. W. Norton & Company, 1932. Ouvrage dans lequel est développé le concept d’homéostasie.
  • Morin, Edgar. La Méthode. Paris : Éditions du Seuil, 1977-2004. Œuvre majeure sur la pensée complexe et les interactions entre les systèmes.
  • Smuts, Jan Christiaan. Holism and Evolution. Londres : Macmillan, 1926. Ouvrage dans lequel apparaît pour la première fois le concept moderne d’holisme.

Publications scientifiques

  • Kitano, Hiroaki. « Systems Biology: A Brief Overview. » Science. 2002;295(5560):1662-1664. https://doi.org/10.1126/science.1069492
  • Wild, Christopher P. « Complementing the Genome with an ‘Exposome’: The Outstanding Challenge of Environmental Exposure Measurement in Molecular Epidemiology. » Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention. 2005;14(8):1847-1850. https://doi.org/10.1158/1055-9965.EPI-05-0456
  • Hood, Leroy & Flores, Mauricio. « A Personal View on Systems Medicine and the Emergence of Proactive P4 Medicine. » New Biotechnology. 2012;29(6):613-624. https://doi.org/10.1016/j.nbt.2012.03.004

Rapports et publications institutionnels

  • National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. Achieving Whole Health: A New Approach for Veterans and the Nation. Washington, DC: The National Academies Press, 2023.
  • National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH). Whole Person Health. National Institutes of Health (NIH). https://www.nccih.nih.gov/  
  • World Health Organization. WHO Traditional Medicine Strategy 2025–2034. Geneva: World Health Organization, 2025.

Références naturopathiques

  • Kieffer, Daniel. Guide personnel des bilans de santé. Paris : Éditions Grancher.

Aller au contenu principal