L’olfactothérapie est une approche psycho-émotionnelle qui utilise les odeurs, et plus particulièrement des huiles essentielles, pour accompagner les processus de compréhension et de changement. À mi-chemin entre l’aromathérapie et la psychothérapie brève, elle s’appuie sur l’action biochimique des huiles ainsi que le lien unique entre notre odorat, notre mémoire et nos émotions. C’est une porte d’accès subtile pour faire parler et accompagner notre inconscient.
Les origines de l’olfactothérapie
L’utilisation des odeurs à des fins thérapeutiques ou spirituelles ne date pas d’hier. Les grandes civilisations antiques avaient déjà compris l’impact profond des essences aromatiques sur l’équilibre du corps et de l’esprit.
Chez les Égyptiens, les huiles essentielles et les résines comme l’encens ou la myrrhe occupaient une place centrale. Elles servaient aussi bien aux rituels d’embaumement qu’à l’apaisement des vivants. Ainsi, les effluves permettaient d’élever l’âme et de soigner les troubles émotionnels. Les Grecs ont ensuite structuré cet usage. Le célèbre médecin Hippocrate recommandait par exemple l’inhalation de vapeurs florales et les bains aromatiques quotidiens pour chasser les maladies et dissiper la mélancolie.
Les Romains ont poussé cette approche à son paroxysme en intégrant les massages aux huiles parfumées dans leurs thermes. C’était pour eux un moyen incontournable de relâcher les tensions nerveuses après l’effort. En parallèle, sur le continent Asiatique, la Médecine Traditionnelle Chinoise et l’Ayurveda en Inde intégraient déjà le bois de santal ou le gingembre dans des préparations dont le but était de rééquilibrer les énergies vitales et de calmer l’agitation mentale.
L’approche moderne de l’olfactothérapie selon l’EFAI et pratiquée par Guillaume Gérault combine la compréhension et l’utilisation des molécules biochimiques des huiles essentielles ainsi que l’observation de la botanique et ses merveilleux apprentissages doués d’humilité sans oublier le sens traditionnel que les peuples anciens pratiquaient déjà de manière empirique et intuitive.
Pourquoi l’odorat a-t-il un tel impact sur nous ?
L’odorat est physiologiquement relié au système limbique, qui est le centre de commande de nos émotions, de nos souvenirs et de nos comportements instinctifs.
A chaque inspiration d’une fragrance les molécules odorantes viennent d’abord stimuler les récepteurs olfactifs situés dans la cavité nasale, l’information parvient au bulbe olfactif pour ensuite être analysée par l’amygdale et l’hippocampe, les zones responsables de l’analyse des odeurs, de la mémoire et des réactions émotionnelles.(*) Grâce à ce circuit très court une simple odeur peut faire remonter un souvenir enfoui en une fraction de seconde et/ou déclencher une réaction émotionnelle avant même que la pensée logique n’ait le temps d’intervenir.
Quels sont les bienfaits olfactifs de chaque plante ?
En olfactothérapie, observer la « morphologie » de la plante, sa façon de pousser ou son environnement offre une grille de lecture précieuse sur son profil énergétique. Cette approche s’inspire largement de la théorie des signatures, un concept ancestral qui part du principe que l’apparence physique d’un végétal révèle ses propriétés thérapeutiques intrinsèques. Même si cela relève de la symbolique, c’est un moyen très concret d’associer l’architecture d’une plante à la structure psychologique de la personne accompagnée.
Prenons le cas des racines et des bois, comme le cèdre de l’Atlas. Quand on regarde cet arbre, on perçoit immédiatement sa solidité, la robustesse de son tronc et la profondeur de son enracinement. L’huile essentielle qui en est extraite va transmettre cette exacte information de stabilité à notre psychisme. Elle se révèle souveraine pour les individus qui manquent d’ancrage, qui se sentent éparpillés ou qui traversent une grande instabilité. La biochimie soutient d’ailleurs cette observation physique. L’inhalation du cédrol, la molécule majeure du bois de cèdre, agit sur le système nerveux autonome pour induire une régulation.
Les résines illustrent un autre lien fascinant entre le vécu de la plante et l’émotion humaine. La résine d’encens, par exemple, est sécrétée par l’arbre uniquement lorsqu’on vient inciser son écorce. C’est littéralement la sève qui coule pour venir colmater et réparer la blessure végétale. En miroir, l’olfactothérapie utilise cette essence pour accompagner le lent processus de cicatrisation des chocs émotionnels et des blessures psychiques. L’observation empirique rejoint ici les recherches modernes puisque l’acétate d’incensole, un des composants de l’encens, démontre une capacité impressionnante à moduler les voies neuronales impliquées dans les états dépressifs et l’anxiété.
Enfin, l’observation des agrumes donne une indication immédiate sur leur sphère d’action. Un oranger ou un citronnier porte des fruits ronds, gorgés de soleil, qui s’épanouissent dans des climats lumineux et chauds. L’essence extraite de leur zeste porte cette même énergie solaire, pétillante et extravertie. On l’utilise logiquement pour dissiper la morosité, réveiller la joie de vivre et lutter contre l’apathie. Les études neurobiologiques confirment cette dynamique solaire. L’inhalation des composés du citron, dont le limonène, provoque un effet antidépresseur mesurable en stimulant les niveaux de monoamines dans le cerveau.
Regarder vivre la plante permet donc de comprendre intuitivement son message émotionnel avant même d’en connaître la chimie.
L’appui de la recherche scientifique
Les mécanismes empiriques de l’olfactothérapie sont aujourd’hui largement corroborés par la recherche neurologique et psychologique.
- La littérature scientifique confirme que l’olfaction possède un accès direct à l’amygdale, ce qui explique l’intensité des réactions psycho-physiologiques liées à la mémoire olfactive
(Herz, R. S. / 2016 / The Role of Odor-Evoked Memory in Psychological and Physiological Health, Brain Sciences).
- D’autres travaux démontrent que l’inhalation d’huiles essentielles interagit directement avec le système nerveux pour moduler les troubles de l’humeur et favoriser la détente
(Fung, T. K. H., Lau, B. W. M., Ngai, S. P. C., & Tsang, H. W. H. / 2021 / Therapeutic Effect and Mechanisms of Essential Oils in Mood Disorders: Interaction between the Nervous and Respiratory Systems, International Journal of Molecular Sciences).
- Des études récentes sur des modèles vivants mettent même en évidence qu’une stimulation olfactive régulière permet de prévenir les altérations psychologiques et cognitives causées par un stress aigu
(Bandiera, B. et al. / 2024 / Olfactory stimulation with multiple odorants prevents stress-induced cognitive and psychological alterations, Brain Communications).
Exemples concrets d’utilisation :
- Accompagnement du deuil et du changement en respectant chaque étape, sans y mettre un mouchoir ou passer à autre chose. Un véritable outil innovant pour l’accompagnant pour qui c’est un sujet rarement simple. Cela permet de prendre du recul et d’être très pertinent tout en soutenant la charge émotionnelle.
- Régulation du stress chronique et de la charge mentale. Pour des périodes de grand surmenage, un ancrage olfactif ramène très rapidement le système nerveux à l’équilibre.
- Préparation mentale et accompagnement de la performance. Pour les sportifs, les personnes sous pression ou à haute responsabilité afin d’apporter un état de pleine confiance, d’ouverture et de concentration.
- Traversée d’une transition de vie. Le travail avec les odeurs favorise un retour au corps qui aide à travailler sur les mémoires anciennes et à consolider l’estime de soi lors d’un changement de cap important.
L’huile essentielle agit comme un outil projectif, elle révèle ce qui est bloqué et mature dans l’inconscient de la personne.
L’intérêt pour les professionnels du bien-être
Pour les praticiens comme les naturopathes, les sophrologues tous ceux qui font de l’accompagnement psycho-émotionnel, qui pratiquent la relaxation ou le coaching thérapeutique, intégrer l’olfactothérapie représente un atout différenciant. Cela enrichit la lecture psycho-émotionnelle des symptômes et offre une voie d’accès souvent plus rapide et percutante que le simple échange verbal. L’expérience thérapeutique devient beaucoup plus concrète, incarnée et immersive pour la personne accompagnée en ayant un support tangible.
Cependant, l’utilisation des huiles essentielles demande de la rigueur et implique de se former sérieusement. Il est indispensable de connaître les profils émotionnels associés à chaque plante, de maîtriser les dosages ainsi que les indications et contre-indications biochimiques, pour garantir un cadre d’intervention éthique et totalement sécurisé.
En fin de compte, l’olfactothérapie nous rappelle une vérité fondamentale : notre corps se souvient souvent de ce que notre mental a oublié.
(*) voici un exemple physiologique de l’olfaction qui révèle à quel point notre système nerveux est réceptif aux molécules aromatiques. Ici, l’huile essentielle de lavande fine (Lavandula angustifolia). Le trajet de l’odeur s’apparente à une véritable voie rapide vers nos émotions. Quand on respire de la lavande, les molécules aromatiques entrent dans le nez et touchent nos capteurs olfactifs. Le signal voyage ensuite le long du nerf olfactif pour arriver directement dans le système limbique. Ce dernier est le centre de contrôle de nos émotions et de nos souvenirs, et le signal l’atteint sans faire aucun détour (*2). Une fois dans le cerveau, c’est la chimie qui prend le relais pour agir comme un calmant naturel. Les molécules de la lavande appuient sur le bouton pause de notre système nerveux en favorisant la production d’une substance très apaisante : le gaba (*3). Elles empêchent en même temps les signaux d’excitation de se propager, ce qui force le corps à quitter son état de stress pour se relâcher complètement (*4). C’est pour cette raison que le simple fait de respirer cette huile essentielle produit un effet de détente physique et mentale presque immédiat.
Concrètement, elle peut être proposer pour la réduction de l’anxiété puisque l’inhalation de cette huile essentielle abaisse significativement le niveau de stress face à des situations anxiogènes : elle agit comme un calmant direct sur le système nerveux central (*5).
L’huile essentielle de lavande peut aussi être proposée pour la régulation du sommeil profond. L’action olfactive de l’huile essentielle produit une sensation agréable et interagit chimiquement avec les neurones de l’amygdale pour ralentir l’excitabilité et favoriser un endormissement réparateur (*6).
(*2) Cardoso et f Silva, 2025, The impact of lavender essential oil on the human nervous system.
(*3) Ren et al., 2023, Lavender improves sleep through olfactory perception and gabaergic neurons of the central amygdala, journal of ethnopharmacology.
(*4) Lopez et al.,2017, Exploring pharmacological mechanisms of lavender essential oil on central nervous system targets, frontiers in pharmacology
(*5) auteur : z. seifi et al., année : 2014, référence : the effect of lavender essential oil on anxiety level in patients undergoing coronary artery bypass graft surgery, iranian journal of nursing and midwifery research
(*6) Ren et al., 2023, Lavender improves sleep through olfactory perception and gabaergic neurons of the central amygdala, journal of ethnopharmacology
En résumé
Vous l’aurez compris, l’utilisation des huiles essentielles en olfactothérapie demande de la justesse pour bien cibler l’état émotionnel de la personne. Tout ce qui est avancé s’appuie sur des profils aromatiques précis pour choisir l’essence la plus adaptée.
Ainsi, pour relâcher la pression et le stress, la lavande vraie reste un grand classique, elle agit comme un sédatif du système nerveux pour calmer l’hyperactivité mentale. Dans la même logique d’apaisement, l’ylang-ylang est particulièrement utile face aux fortes tensions ou aux comportements anxieux, elle aide à lâcher prise physiquement. Quand le stress s’accompagne d’une baisse de moral ou de ruminations, on se tourne plutôt vers la bergamote, son parfum acidulé ramène de la légèreté et une humeur plus positive.
Si l’objectif est l’ancrage et le retour à soi, l’encens s’impose, c’est l’allié des états de relaxation profonde, idéal pour se poser ou faciliter la méditation. L’orange douce, très rassurante, va quant à elle détendre l’atmosphère et soulager les angoisses viscérales, c’est un peu le doudou olfactif des moments éprouvants. En cas de choc émotionnel ou de deuil, la rose de Damas offre un réconfort psychologique immense pour aider à accompagner et vivre la tristesse.
D’autres essences viennent au contraire stimuler et relancer la dynamique. Le citron, par exemple, a une action très tonique sur le psychisme, il aide à retrouver de l’élan quand on se sent apathique. La menthe poivrée est parfaite pour dissiper le brouillard mental et maintenir un niveau de vigilance élevé au fil de la journée. Pour les efforts intellectuels plus ciblés, le romarin à cinéole est efficace, il apporte une clarté immédiate et soutient la mémorisation. Enfin, quand on fait face à un épuisement professionnel ou une grosse fatigue émotionnelle, le géranium rosat est précieux : il aide à rééquilibrer le système nerveux en douceur.
Maintenant, il ne reste plus qu’à savoir les utiliser et se pencher sur la botanique pour comprendre la plante et ce que disaient les anciens …
Sources :
Z. Seifi et al., 2014, The effect of lavender essential oil on anxiety level.
N. Zhang et al., 2023, Inhalation of cananga odorata essential oil relieves anxiety behaviors.
X. Han et al., 2017, Bergamot essential oil inhalation improves positive feelings.
S. Okano et al., 2019, The effects of frankincense essential oil on stress.
G. S. N. M. Putri et al., 2021, The effect of lemon peel aromatherapy inhalation as antidepressant.
F. Rashidi-Fakari et al., 2015, The effect of aromatherapy by essential oil of orange on anxiety.
L. Hoult et al., 2019, Prolonged low-level exposure to the aroma of peppermint essential oil enhances aspects of cognition.
O. V. Filiptsova et al., 2019, The effect of the essential oils of lavender and rosemary on the human short-term memory.
M. Farzaneh et al., 2021, A randomized controlled trial examining the effect of aromatherapy using the damask rose essential oil.
F. Shirzadegan et al., 2015, Effect of inhalation of aroma of geranium essence on anxiety and physiological parameters.
Article rédigé par Guillaume Gérault, naturopathe, formateur au CENATHO, fondateur de l’EFAI, expert en olfactothérapie
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